Passionnée et dotée d’un caractère bien évidemment explosif, Marion Despeyroux est à la tête de la société Pyropassion depuis 10 ans. Une histoire de transmission familiale.

Certaines vocations sont parfois inscrites dans les gènes, d’autres se jouent dès la plus tendre enfance. « J’ai toujours baigné dans la pyrotechnie, toute petite j’accompagnais mon père partout. Et les feux d’artifices m’ont toujours plus intéressés que les poupées Barbie. Aujourd’hui encore j’adore le bruit, l’odeur et par-dessus tout faire rêver les gens, les faire s’évader, s’émerveiller quelques minutes. » Marion Despeyroux ne s’en cache pas: elle est une femme de passion. Et sa fougue, quand elle évoque son quotidien, en témoigne; sa détermination aussi.

Marion Despeyroux a grandi au milieu des artifices (AG).

« J’ai perdu mon père en 2005, j’avais 17 ans; nous avons dû vendre la matériel et mettre la société en sommeil. Mais cela n’a pas entamé ma détermination à en faire mon métier. J’ai multiplié les expériences, j’ai voyagé, je me suis formée. Et c’est finalement mon mari qui m’a encouragé à repartir d’une page blanche en 2016. « 
Enfin pas si blanche en réalité: l’en-tête reprend le nom de la société paternelle, le logo aussi (bien que modernisé) et l’activité s’implante dans la ville voisine de la société d’origine, à Damazan. Avec la volonté de rendre le feu d’artifice accessible à tous les budgets avec des prestations variées (visibles sur pyropassion47 sur Insta, www.pyropassion.fr, PyroPassion sur Fb).

La société propose aussi des feux d’artifices de jour (AG).

Hors saison, l’entrepreneuse évolue seule mais dirige 20 artificiers lors du coup de feu estival. « J’ai dû et je dois encore faire mes preuves dans le ciel. Parce que le milieu est le plus malsain que j’ai jamais connu, parce que je suis une femme, parce que je suis jeune. Faire ce métier nécessite d’avoir un sacré tempérament. »
Femme orchestre, elle est au bureau et sur le pas de tir: communication, création des artifices et des bandes son, devis, installation et tir. « Mais ce que je préfère, c’est le contact humain, le partage familial avec l’équipe. Quant au fait d’être une femme, c’est un atout en termes de créativité peut-être, mais pour le reste c’est rigoureusement pareil. « 

Et quand on lui demande si elle a peur, elle est catégorique. « Je ne pars jamais sans dire au revoir à mon fils, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Mais une chose est sûre: le jour où je n’ai plus peur, j’arrête ce métier. Car c’est cette peur qui permet aussi une vigilance de tous les instants. Et puis on est ultra formé au tir et à l’extinction des départs de feu; sans oublier que tout est piloté par ordinateur. D’une seule pression on peut tout arrêter dans la seconde. Cependant on a tous vu des trucs improbables donc il faut rester sur ses gardes en permanence. »

Ce niveau d’exigence, d’anticipation et de préparation, elle estime que le grand public et les institutions le sous-estime. Et cet éprouvant été 2026, « le pire de toute sa carrière » en est l’amer témoignage. « Quasiment toutes les semaines dès la mi-juin, on était suspendu au verdict du jeudi soir dépendant des alertes canicules ou incendies en cours. Un verdict rendu par un comité préfectoral dans un bureau où ne siège aucun artificier alors qu’un avis de professionnel permettrait d’être moins catégorique. Pour moi, le principe de précaution a entraîné des arrêtés excessifs et inégalement attribués. Sans compter les jugements à l’emporte-pièce sur les réseaux sociaux. »
Marion Despeyroux considère même aujourd’hui sa profession comme une victime « oubliée de cet été. Aucune aide n’a été prévue pour couvrir nos pertes car, si certains événements ont pu être reportés, d’autres comme les mariages et les anniversaires sont définitivement perdus. Et on reste, il faut le rappeler, une profession hyper contrôlée, en plus de notre sens critique qui nous fait parfois renoncer nous-même. Là, cette attente permanente a été une vraie frustration et casse-tête. Et les années à venir s’annoncent pires. »

Les feux d’artifice au bord de l’eau ont été épargnés (AG).

La jeune femme, en pleine préparation de son été 2027, réfléchit de réadapter les plannings en accord avec les communes et les comités en fêtes. « J’encourage aussi au déplacement des événements en mai/juin ou septembre/octobre pour plus de sûreté et de confort pour tous. » Quant aux drones ils resteront selon elle une niche trop onéreuse. « J’aspire aussi à un meilleur dialogue avec les pompiers; j’aimerai qu’on puisse partager nos expériences sur le terrain. »

Grâce à toutes ces adaptations et à la passion enfantine du public pour les ciels étoilés de feu, Marion Despeyroux croît toujours à l’avenir de sa profession. Au prix d’une profonde mutation.


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