Village multiséculaire, l’un des plus anciens du département, il accumule les pépites: de la statue antique de Vénus découverte dans un champ et visible au musée des Beaux Arts d’Agen, à la collégiale St Vincent qui abrite un chef d’œuvre de Rembrandt. Une visite où le petit patrimoine n’a de petit que le nom.

Voici un joyau encore préservé du Val de Garonne: le village du Mas d’Agenais entre Marmande et Tonneins. D’origine gallo-romaine, la richesse du site se combine à sa sérénité. Perché sur un plateau calcaire qui surplombe à la fois le canal latéral, la Garonne et son immense vallée, cette position dominante permet à la fois de comprendre sa riche histoire mais aussi d’en prendre plein les yeux.

Pour cela rien de plus simple, on gagne la place des Allées à l’entrée du village pour débuter la visite. Ici nous sommes au cœur des ruines de l’ancien château rasé en 1616 et la place est ceinturée par ses anciens remparts et tours rondes, restaurés au XVIe siècle.
Sous les platanes, le lieu est idéal pour faire une pause ombragée (le petit camping municipal est d’ailleurs mitoyen) et immortaliser la vue. Avec au premier plan le pont suspendu qui enjambe à la fois le canal latéral et la Garonne. Point de passage essentiel à la vie locale entre les deux rives, il a remplacé en 1840 l’ancien bac avec passeur. Il a subi depuis plusieurs rénovations et reste très surveillé au vu de son grand âge et de l’intense circulation qu’il subit.

A proximité immédiate de la place on peut découvrir la dernière des cinq portes qui protégeaient soit l’entrée du château soit celle du village. Dénommée porte du château ou porte romane et édifiée en briquettes, sa hauteur et l’épaisseur de ses murs laisse imaginer l’importance du château disparu.
De là il suffit simplement de se perdre dans les ruelles qui, pour nombre d’entre elles, suivent le tracé des remparts. Vous pourrez alors croiser quelques flâneurs issus du slow tourisme à vélo ou bateau. Et gros avantage, grâce à la municipalité et à l’association « Rembrandt au Mas » de très nombreux panneaux signalétiques permettent de visiter le village en autonomie.

Au fil des ruelles, on passe sous les restes de la porte Notre Dame qui donnait sur la route de Caumont. Dans son prolongement, et sur le rempart du XVIIe siècle, s’est bâtie la très imposante bâtisse du couvent dominicain des Dames en 1638. Elle a accueilli et éduqué les jeunes filles de toute la région jusqu’à la Révolution.
Juste en face, les arcades classiques et le plafond aux poutres apparentes de la halle au chanvre offre une dernière halte bienvenue avant d’entrer dans le cœur de la visite. Construite en 1845, elle a permis d’accueillir le commerce du chanvre entre le XVIIIe siècle et le début du XXe siècle. Puis certains anciens l’ont connu salle de cinéma d’autres salle municipale. Elle retrouve finalement son cachet grâce à deux campagnes de restauration successives en 2016 et 2022.

Enfin le point culminant de cette balade: la collégiale romane St Vincent et son emblématique tour carrée.

Érigée sur le site d’un ancien temple païen puis sur les ruines d’une première basilique, l’église actuelle à trois vaisseaux date majoritairement du XIIe siècle même si elle a fait l’objet de nombreuses reprises plus tardives (abaissement du clocher, remodelage de la façade ouest, création d’une chapelle gothique). Même remaniée plusieurs fois, et notamment par Viollet le Duc en personne, elle conserve une certaine unité architecturale et la pureté des lignes romanes avec ses voûtes en plein cintre, ses murs épurés, ses chapiteaux sculptés et historiés.

Chaque recoin réserve des surprises comme, en fond d’église, la châsse-reliquaire de St Vincent, la cuve paléochrétienne qui aurait abrité sa dépouille et des bas reliefs sculptés détaillant son martyre. Ou dans le chevet, les stalles en bois du XVIIIe siècle qui attirent l’œil. Leur opulence dénote dans cette petite église. Normal, les 29 panneaux ouvragés autour de l’Ancien Testament étaient destinés à l’abbaye de La Réole.

Et pour finir en apothéose rien de moins qu’un Rembrandt… au Mas d’Agenais… en Lot-et-Garonne !
« Le Christ en Croix » daté de 1631 s’offre à la contemplation des visiteurs dans son nouvel écrin bardé des technologies de pointe. L’œuvre représente une crucifixion dans le plus pur style Rembrandt avec un jeu de clair-obscur, un grand réalisme dans l’expression et les détails de la morphologie humaine.
Ce tableau fait partie d’une série de sept (dont six sont à la Pinacothèque de Munich) et marque un tournant dans l’histoire de l’art pictural car le Christ y est représenté dans toute sa simple humanité et non sa divinité.

Découverte derrière une armoire de la sacristie, le tableau très fragile est passé de main en main depuis 1703 au gré des ventes aux enchères pour finir dans une vieille famille massaise qui en fait don à la paroisse en 1805; il est classé un siècle plus tard
et restauré en 2011.
Une nouvelle muséographie est réalisée en 2021 pour le conserver et le protéger au mieux, notamment des variations de température ou de la très forte humidité du lieu.
Le chef d’œuvre international, qui est désormais sous très haute protection, s’offre cependant au regard de tous dans une grande simplicité, difficilement imaginable dans un musée national.
Enfin pour se remettre de cette balade, une seconde halle à l’impressionnante charpente offre l’occasion d’une pause sucrée avec vue….avant qui sait un dernier détour par le lavoir et la fontaine Galiane.


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