Au détour de rencontres qui ne doivent jamais rien au hasard s’écrivent parfois quelques belles histoires de vie.
Celle qui lit Serge Marcon, Adrien Navailles et le jeune Yanis s’écrit dans l’ombre; réunis pour la première fois, la rencontre fut belle.
Dès les premières secondes de ce premier rendez-vous à trois, le ton est donné: Serge Marcon, quasi 2 mètre et carrure de rugbyman rencontre Yanis, 15 ans à peine, frèle adolescent et nouvel apprenti chez Bonici sous la direction d’Adrien Navailles.
Et une première leçon de bienveillance et de respect inculqué par le géant: comment faire une poignée de main ferme le regard assuré.

Sous nos yeux sont réunis trois hommes qui partagent un lien invisible et deux adultes qui n’ont qu’un souhait: que leur passé commun aide le jeune Yanis à grandir, » à se construire doucement », à révéler le meilleur de lui-même malgré son quotidien difficile.
Placé depuis six ans en foyer, le jeune garçon a déjà un sacré bagout, l’envie d’apprendre et un sens du service déjà remarqué par les clients.
C’est d’ailleurs pour ça qu’il est toujours chez Bonici, pris sous l’aile d’un patron qui a la transmission chevillé au corps.
Après un premier stage ensemble à Montayral, Yanis poursuit difficilement son parcours de formation en MFR avant d’en partir, se retrouvant sans solution scolaire et professionnelle.
« Il est revenu me voir à Tonneins en mars » raconte Adrien.
« Il a rencontré mon équipe ici et mon cercle social; il s’y est rapidement intégré et j’ai vu son potentiel. Après quelques péripéties, il a aujourd’hui officiellement intégré Bonici comme apprenti conseiller de vente avec le Groupement Alternance de Marmande. »
« Et il est déjà devenu une star des réseaux sociaux suite à l’annonce de son arrivée. Certains le reconnaissent pour son travail, il est fier de lui et voir ça dans ses yeux, c’est plutôt génial. »
Et à voir l’admiration avec laquelle Yanis écoute religieusement son patron, on comprend que ce qui les lit est déjà bien plus qu’un simple « employeur-employé. »
Yanis est le second apprenti formé ici après Gabin diplômé récemment . Mais il fait aussi partie des plus de deux cent personnes formées par Adrien Navailles depuis le début de sa carrière dans la restauration.
Cet attachement à la transmission, à la seconde chance, à croire que tout le monde a quelque chose à offrir et peut s’en sortir en s’entourant des bonnes personnes prend sa source dans sa propre histoire.

Placé en foyer à l’adolescence, en plein désarroi sur son avenir et éloigné de sa famille il croise un jour au détour d’un couloir un visage familier: Serge Marcon, un ami de son oncle, joueur de rugby qui apprécie qu’on lui serre correctement la main. En réalité ce dernier est aussi éducateur spécialisé à Tonneins après un parcours fait d’abnégation, de travail et de bonnes rencontres. Et leurs histoires s’entremêlent alors.
« Issu d’une famille pas très riche, j’ai au départ seulement le BEPC et une formation en mécanique. J’ai commencé le rugby à XIII tout jeune puis adulte, on m’a demandé d’accompagner des personnes handicapées au stade pendant deux ans » se remémore sans peine Serge. « Mon sérieux a été remarqué par le directeur du foyer René Bonnet qui m’a embauché et formé pour gravir tout les échelons. J’ai ensuite passé 18 ans à Clair Matin à accueillir chaque enfant à hauteur d’enfant, avec son bagage et son passif. Avec moi ils savaient que c’était cash et sincère. «
Cette bienveillance, cette fermeté, ce sens de l’écoute et de la métaphore ont marqué Adrien Navailles à vie.
« Quand je le revois à Nérac, je suis paumé et on a LA conversation qui a changé toute ma vie. Ce jour-là, l’adolescent que j’étais, et qui aurait pu basculer du mauvais côté, a décidé de prendre sa vie en main et de s’en donner les moyens. Parce qu’il m’a mis face à mes responsabilités et parce qu’il était un repère rassurant qui pouvait veiller sur mes parents pendant que moi je construisais mon avenir. Et pour toujours il restera un repère et « l’éducateur qui a tout changé. »
L’histoire aurait pu s’arrêter là si Adrien, après une vie bordelaise, n’avait pas décidé de racheter sa crêperie d’enfance tonneinquaise pour en faire la pizzeria qu’on connaît. Aujourd’hui les deux hommes se côtoient au quotidien avec une belle dose d’admiration et de respect mutuel.
Et il y a quelques mois Yanis arrive, lui qui offre tellement de similitudes de parcours, et permet de perpétuer ce passage de relais, cette transmission presque filiale. « Moi je ne suis qu’un maillon de l’histoire qui essaie d’aider » précise Serge avant de s’adresser à Yanis comme il le faisait avec Adrien.
« J’ai fait une belle rencontre avec toi. Tu as la chance d’être bien entouré, avec des gens qui te tendent la main pour te construire et un projet où l’instruction passe en premier pour devenir un homme acceptable et convenable. Sois sérieux et curieux, fais attention à tes fréquentations, lève toi pour travailler et aie le courage de demander de l’aide. Tu es en train de faire des choix de vie et de devenir quelqu’un. Garde ce sourire légendaire et tout ira bien. »
Un échange entre trois générations dont le jeune homme s’est nourri et, qui peut-être d’ici quelques années, deviendra LA conversation qui a changé sa vie.
Avec des valeurs qu’il pourra lui aussi transmettre à son tour.


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