Alain Glayroux vient de sortir son deuxième hors-série, la synthèse de 20 ans de recherche sur tous ceux tombés pendant les conflits qui ont émaillés notre histoire contemporaine. Une entreprise titanesque où le sens de la famille et le devoir de mémoire sont intimement liés.
L’homme en noir au chapeau, ancien de la Manu et de la CGT, qui a probablement un poste de travail à son nom aux Archives Départementales tellement il en est familier et qui honnit le guerre depuis plus de 50 ans est la mémoire vivante de Tonneins.
Un pilier et un puits de connaissance qu’il a toujours choisi de partager.
Pour ne pas oublier, pour sensibiliser, pour transmettre, pour ne jamais revivre les pires heures de notre histoire.
Mais surtout pour rendre la grande Histoire plus humaine, donner un visage et une histoire à chaque nom gravé dans la pierre. 400 pages auront été nécessaires pour compiler tous les martyrs tonneinquais des monuments du souvenir que ce soit sur la place éponyme, à Ferron, à la Torgue, dans les églises ou le Temple. Un travail titanesque de 302 biographies entrecoupés de l’historique du Maquis de la Torgue, de la statue « Pour le Drapeau de Georges Bareau visible dans la salle des mariages, le vitrail Notre Dame des Poilus.

Un témoin indélébile pour les descendants, une bible pour les futurs chercheurs de l’histoire tonneinquaise, « j’apporte une pierre à un édifice bien plus grand que moi. Mon truc, c’est juste de m’améliorer et surtout de n’oublier personne » déclare humblement Alain Glayroux. « Et puis je suis content de faire vivre l’association, de montrer que notre travail peut être utile et surtout de le faire en famille. Voir ma petite fille Apoline, qui a une dizaine d’années, s’y intéresser et rechercher l’épigraphe qui ouvre la première de couverture, « La guerre, injustifiée, est un moment tragique », ça c’est ma fierté. «

Un bel exemple de transmission familiale qui se manifeste par le soutien et l’aide indéfectible des femmes de la famille: de sa femme Germaine et son indulgence pour cette passion quotidienne plus qu’envahissante à la relecture attentive de sa fille, la maman d’Apoline.
Cet atavisme féminin sied parfaitement à Alain Glayroux qui n’a jamais caché en être un ardent défenseur.
« J’ai vécu sous un système patriarcal. Tout a été et est encore un combat pour les femmes malgré une apparence d’avancée. Elles restent secondaires, inférieures, invisibilisées dans l’Histoire d’hier comme d’aujourd’hui. Et elles continuent, je suis admiratif. D’ailleurs, lors de la préparation de ce livre, il est fatalement beaucoup question des hommes mais, au fond, c’est aux femmes que je veux rendre hommage. Celles qui se battent, celles qui restent, celles qui font tourner la vie familiale comme le pays dans toutes les conditions. Pour moi, la boucle de tout mon travail d’historien amateur sera bouclée quand je verrai édifier dans ma ville un monument uniquement dédié aux femmes, apolitique, pas forcément guerrier ni fourre-tout mais un lieu qui n’appartienne qu’à elles. »
Un projet, parmi d’autres, qu’il a confié à la nouvelle équipe municipale tout comme son envie de voir les écoles s’emparer de l’histoire locale pour en faire un usage pédagogique transversal, qui planteront peut-être quelques graines d’historien pour l’avenir.
La réfection du monument de Ferron quasi invisible mais aussi la mise en valeur du château au-delà de sa courte période milicienne font aussi parler de ses objectifs. Le travail reste immense mais ce chantier sans fin aurait plutôt tendance à le motiver encore et toujours.
Il se murmure qu’il travaillerait déjà sur le hors série numéro 3 entouré de sa tribu.
Intarissable et déterminé.


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