Monument historique emblématique de la ville, mais pourtant dans un état de décrépitude et d’insalubrité majeur, le château de Ferron, tout comme son parc adjacent, semblent voués à l’abandon.
Difficile de l’imaginer tant il est enfoui sous les ronces, mi-squatté mi abandonné, et pourtant le château de Ferron était une demeure prestigieuse élevée en 1840 en lieu et place d’un maison forte du XVIe siècle.
Louis Alexandre Rosalie Silvestre de Ferron décide la démolition de cette dernière pour la remplacer par une imposante bâtisse de style néogothique, en vogue à l’époque, réalisée par l’architecte bordelais JB Laffargue.
C’est alors foisonnement de tourelles effilées encadrant un corps de logis en L au sein d’un immense parc qui compte aussi des écuries et bâtiments agricoles devenus aujourd’hui maisons d’habitation.

Les photos d’époque témoignent d’un bâtiment de belle facture à vocation agricole où s’écoule une vie paisible.
L’histoire s’enraye définitivement en 1943.
Réquisitionné par la Milice française (il en est le second centre national après Lyon) pour l’utiliser comme foyer mais aussi comme caserne de la Franc-Garde permanente, ses bureaux et ses caves dissimulent les tortures et sévices qu’ils font subir aux Résistants notamment, sa cour abrite elle un sinistre poteau d’exécution. Le lieu devient alors définitivement symbole du pire: collaboration, abdication et terreur.
Le 9 août 1944, l’aviation anglaise finit par le bombarder ruinant définitivement une aile du château, éventrant les caves et permettant ainsi la fuite des prisonniers. La ville sera libérée 11 jours plus tard.

S’ensuit une période d’errance dû à ce lourd passif. Finalement le château devient hôtel restaurant, abrite brièvement l’Amicale Laïque, une loge maçonnique puis plus rien. Et si aujourd’hui les amateurs d’urbex s’en donnent à coeur joie, c’est à leurs risques et périls dans un site extrêmement dégradé. Un incendie en 2024, probablement dû à des squats, accélère encore la déchéance. Toujours propriété privée en indivision, les chances de le voir un jour mis hors d’eau et rénové s’avèrent désormais infimes.

Pour des raisons de coût financier mais aussi parce que, pour les locaux, l’histoire s’est arrêtée en 1943 et que de fait le lieu incarne une espèce de site maudit qui en fait un intouchable.
Aucune indication pour y accéder, aucun panneaux explicatifs à vocation historique ou de sensibilisation et que dire du parc totalement ignoré par la municipalité et les Tonneinquais. Alors qu’il pourrait être le cadre de banquet, de guinguette ou même d’événements privés peu nombreux sont ceux à s’en emparer.

Quant à faire de ce lieu à haut potentiel un spot pour des pique-niques ou pour les familles encore faudrait-il y installer bancs, tables et aire de jeux qui trouveraient sûrement leur public juste à côté du club de tennis.
En attendant, celui qui faisait partie des plus belles demeures tonneinquaises glisse vers sa dernière heure dans la plus grande indifférence. Et le parc, qui pourrait être un atout à la fois patrimonial, touristique, événementiel et écologique reste une pépite oubliée à l’ombre des cèdres centenaires.
Un comble quand la municipalité réaffirme ,encore aujourd’hui même, l’importance de la connaissance de la l’histoire de la ville et de sa valorisation.
Voilà un défi à sa hauteur, loin des déclarations d’intentions et des célébrations imaginaires.
Afin que Ferron ne soit plus animé seulement par le bruit du silence.


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