« Eté morose, ville à l’abandon, probléme de propreté et de sécurité » : nous sommes allés à la rencontre des commerçants et hébergeurs du centre-ville. Et la balance estivale penche majoritairement vers le négatif.
Ils sont restaurateurs, gérant de supérette, caviste, propriétaire de chambre d’hôte et partagent quasiment tous un même constat en cette dernière semaine du mois d’août. Celui d’un été « bof » ou au mieux mitigé.
Tous affirment aussi que Tonneins n’est pas une ville touristique et n’a pas les standards pour le devenir.
Évacuons d’abord quelques évidences: le contexte économique tendu et les canicules successives ont joué un rôle certain dans ce résultat. Ils ont souvent conduit les estivants à rester chez eux ou à ne pas dépenser dans des plaisirs considérés comme non essentiels. Ces deux facteurs combinés aussi aux incendies et à une morosité ambiante ne sont absolument pas à négliger et devraient être malheureusement vérifiables à l’échelle départementale, régionale et même nationale notamment en juillet.
Mais à l’échelle locale d’autres éléments expliquent, selon nos témoins, cet été tonneinquais au goût amer.

Et en premier lieu ce sentiment récurrent de ville endormie « où il ne se passe rien. »
« Les quelques touristes du mois d’août arrivent ici par hasard ou nécessité. Ils qualifient les quais de jolis, quand ils les trouvent. Quant aux événements on est toujours mis au courant à la dernière minute » déplore Ophélia Bailles à la brasserie du Jaurès, en plein centre-ville. « La fête de la musique est un échec commercial, dont j’ai pu rattraper les pertes grâce à mon activité du quotidien, même si humainement ça a le mérite d’exister. Quant aux autres rares événements, ça ne nous fait pas travailler. «
Son voisin et gérant de la supérette voisine Nabil El Mjidi aurait même pu rajouter « nous empêche de travailler. Quand on voit le marché des producteurs de pays (soit des commerçants extérieurs à la ville) venir s’installer juste devant chez nous et qu’en plus on interdit le stationnement sur la place pendant toute une journée pour eux, aux dépens de nos clients, on s’interroge. Pour le reste, les touristes nous décrivent une ville morte où le laisser aller est grandissant. Et quand on tente de proposer une animation on se heurte à un refus ou à l’entre-soi, c’est totalement décourageant. » Aurélie, propriétaire du Toscan confirme elle aussi: « il y a eu beaucoup moins de passage cette année, ça manque d’animation, de vie, de signalétique. Quant aux commerçants, on a besoin que ça bouge, qu’il y ait une dynamique pour travailler et ça n’est pas le cas. »
Voix plus mesurée, Julien Pène, caviste de Vins et Plaisirs, estime lui « avoir bien bossé notamment les matinées et grâce à la terrasse depuis que les températures sont devenues plus respirables. Il précise avoir travaillé avec les locaux jusqu’au 15 juin puis avec les touristes du 15 juillet au 15 août. Participant à deux manifestations municipales, la Fête de la Musique et Garonne en Scène, il s’estime satisfait. Mais confirme lui aussi que Tonneins, aux yeux des touristes, n’est qu’une ville de passage, de commodités pour faire les courses. Et pointe, comme tous les autres, un autre frein de cet été: la sécurité. « A partir de 22h le vendredi, on ferme la terrasse car ce n’est plus la même population. »

Isabelle Peret, propriétaire de la Maison Duffour depuis 7 ans dans le cours de la Marne ne dit pas autre chose. Et ce fait même plus tranchante. « Quand ils arrivent ici, les touristes se demandent souvent où ils sont tombés. Ils trouvent la ville sale (c’est un problème récurrent que j’ai signalé) et raccourcissent leur promenade du soir par peur des gens rencontrés. Tonneins aujourd’hui est une ville pleine de petits caïds et de voyous qui font fuir les locaux comme les touristes. Tonneins n’est pas une ville touristique, c’est une ville d’étape abandonnée. »
A titre personnel, elle considère que sa saison a été sauvée par sa clientèle professionnelle estimée à 70%. « Mais on n’a eu aucun cycliste et il n’y a rien ici à proposer comme activité pour retenir les touristes. Alors on les envoie dans les villages alentour qui sont devenus plus rassurants et attractifs. On est très loin de la ville qu’on a connu quand on s’y est installé. Il y a eu très peu d’événements (stop au karaoké !), la communication est totalement défaillante et le belvédère est certes magnifique mais envahi de mouches et d’odeur de vase le soir venu. Tout cela aurait tellement plus de charme sous les arbres du Jardin Public. »
Elle conclut: « avant de parler tourisme, il faudrait peut-être parler propreté et sécurité. Car une ville où ses propres habitants se sentent mal n’est pas prête d’attirer les touristes. »


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