Commerçante néo-tonneinquaise depuis 2014, elle aurait déjà eu de multiples raisons d’abandonner mais elle a choisi de se battre, en famille, pour pérenniser sa supérette de proximité place Jean Jaurès.
« Je suis tombée amoureuse de la boucherie »: voilà une déclaration pour le moins originale d’entrée de jeu. Et pourtant Karina El Mijdi fait une fierté de cet amour pour un métier toujours très masculin. Une passion découverte par hasard après des débuts parisiens « où je ne savais pas quoi faire de ma vie. Je me suis donc orientée vers la banque mais j’ai vite déchanté. Le côté deshumanisé où chaque client n’est qu’un numéro ne me convenait absolument pas. Je me suis donc réorientée vers le commerce pour finir par atterrir vendeuse en boucherie dans un supermarché girondin. Je n’y connaissais absolument rien mais l’équipe m’a aidé et je me suis formée en autodidacte; un vrai coup de foudre. «
Malheureusement au moment de monter en grade elle découvre une facette insoupçonné du métier: son conservatisme et son machisme. « Le problème n’était pas que je ne sois pas diplômée mais bien « qu’une bonne femme en boucherie est bonne à rien. »

« J’ai continué quelque temps dans ce magasin jusqu’à ce que ma maman me pousse à postuler au culot, en valorisant mon expérience, à la boucherie d’une grande surface de Sainte Livrade. « Le pari fonctionne et la jeune femme déménage dans la foulée. Elle y trouve une équipe motivée, et accessoirement son futur mari Nabil, qui va l’aider à parfaire sa formation, là aussi contre l’avis d’un chef rétrograde. « J’ai fini par devenir sous-chef à force de travail. Mais ce fut le début des ennuis, du harcèlement qui m’ont conduit au burn out. On a fini par démissionner tout les deux. »
Le temps de panser ses plaies direction le secteur du bricolage ce qui leur permet aussi de rassembler un petit pécule pour pouvoir réaliser leur grand projet: acheter ensemble leur propre affaire et ne dépendre de personne. « Le Vival de Tonneins c’est vraiment un accident du Bon Coin. On est venu voir Tonneins une première fois sans rentrer dans le centre et la première impression fut catastrophique. Seul le cadre de la place Jean Jaurès et le challenge de remonter une affaire en train de péricliter nous ont poussé à nous lancer avec 5000€ en poche. »

Deux ans et quelques sérieuses péripéties plus tard, Karina s’épanouit enfin dans ce magasin mais surtout dans le fait de travailler en couple, voire en famille. « Avec Nabil on est très complémentaire dans cette cogérance (moi en gestion lui en boutique). Notre complicité et ce projet ont renforcé notre couple. Au point qu’aujourd’hui alors qu’il a crée sa société de nettoyage, et qu’il est donc moins présent, ça soit un vrai manque. »
L’autre problème auquel se heurte, encore une fois, Karina c’est le fait que quelques clients ou commerciaux veulent toujours parler « au patron ». « Ils ont beaucoup de mal à admettre que je suis aussi la patronne et que c’est rigoureusement la même chose. Il y a encore une vision très réductrice du rôle de chef d’entreprise et des a priori à combattre. »
En ce mois de mars 2026, Karine se retrouve en plus à la tête d’une équipe entièrement féminine composée de sa soeur et son apprentie. « Toutes les deux sont jeunes mais compétentes et déterminées à ne pas se faire marcher sur les pieds. Ce travail en famille, cette transmission je ne l’avais pas envisagé mais c’est ce que je préfère au fond. » Une fois l’affaire stabilisée; les nouveaux rayons (saisonnier et bar à colis), les ateliers et dégustations installés le couple envisage déjà un nouveau challenge: l’achat d’un magasin plus grand.
Pour rester comme toujours maître de leur destin.


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