Sentiment d’abandon, faits de délinquance et trafic de stupéfiants, dépôts sauvages, délitement social, négation du patrimoine historique: un collectif d’habitants dénoncent des conditions de vie quotidienne de plus en plus dégradées.

Ils ont hésité longtemps à prendre la parole mais le ras-le-bol est devenu trop fort, et l’envie de faire bouger les choses pour ce quartier qu’ils aiment, trop pressante. Et la liste des sources d’inquiétude et des déceptions est bien fournie. « Le beau attire le beau, le laid attire le laid. Et aujourd’hui ce quartier on est nombreux à le voir dépérir et ça nous désole. »

Pendant longtemps le quartier de la Marne a été le cœur battant de la ville et son berceau historique en lien avec les quais. Un lieu de rencontre mais aussi de vie où les maisons surplombant la Garonne dans les rues adjacentes étaient très recherchées. « Les maisons se vendaient vite et bien. Aujourd’hui l’une des plus belles de la rue attend un acquéreur depuis huit mois » se désole une habitante qui vit rue Gabriel Péri depuis 23 ans. « J’ai eu un vrai coup de coeur pour le lieu et cette belle maison familiale que j’ai d’abord louée avant d’acheter. » Et quand on découvre le salon et sa luminosité, le grand jardin avec vue sur le pont et le fleuve en plein centre-ville, on ne peut que la comprendre de ne pas vouloir en partir, malgré une vie quotidienne désormais difficile.

Pendant longtemps, le quartier de la Marne a fait rêver (AG).

« J’ai fait partie du Conseil Citoyen au moment du lancement de la rénovation du cours de la Marne et on avait été sollicité pour donner notre vision de l’aménagement du quartier. On voulait quelque chose de qualitatif, avec du charme un peu à l’image du quartier Labat à Marmande. Avec des pavés, des candélabres, une signalétique pour aller sur les quais ou rappeler l’histoire des Bains Douches ou de l’ancienne auberge; bref faire honneur à ce quartier ancestral de la ville et donner envie de s’y balader. « 

La rue Gabriel Péri comme les ruelles adjacentes ont été traitées après le cours de la Marne et n’ont bénéficié, selon elle, que d’un reliquat de financement expliquant que seule la voirie a été refaite.

La rue Gabriel Péri a bénéficié d’une simple réfection de voirie (AG).

« Et que dire des ces horribles poteaux. Inesthétiques mais aussi absolument pas adaptés à la circulation, à la vie de quartier, aux déménagements. Ils sont aujourd’hui tous tordus, tagués ou sciés. Comme entrée de ville, ça passe mal auprès des visiteurs et des touristes. Le maire n’en a fait qu’à sa tête et c’est une catastrophe » s’agace-t-elle.

Le quartier classé dans certaines parties en périmètre ABF (Bâtiments de France) mais aussi Permis de Louer cumule là aussi selon le collectif les infractions. « Depuis une dizaine d’années, les immeubles ont été rachetés par des certains propriétaires peu scrupuleux qui ont tout divisé de manière anarchique et excessive sans respecter aucune règle d’urbanisme. Mais pourquoi se gêner puisqu’il n’y a ni contrôle ni répression de la mairie ? Et ce alors qu’on est clairement sur du logement indigne » relève un autre. L’une des habitantes pousse le raisonnement plus loin. « Qui dit nouveaux arrivants dit aussi ordures ménagères, poubelles insuffisantes, trop nombreuses, pas ramassées, dépôts sauvages en quantité supplémentaire. Il y a clairement un défaut d’anticipation et d’organisation dans la politique de la ville de ce quartier alors que la municipalité a perçu les financements pour le faire. »

Le porche pour accéder à la rue Péri n’est pas très engageant (AG).

Tristes, très en colère, agacés, ils déplorent tous un potentiel gâché aussi par les incivilités et un trafic de stupéfiant qui se développe aux yeux de tous. « Ils ont été délogés du Jardin Public ou de la halle et sont venus s’installer ici. Parce qu’entre le porche, les ruelles à l’écart du passage, les Bains Douches en ruine et l’accès aux quais les conditions sont plus que favorables. » Guetteurs, voitures en stationnement pour des échanges discrets: « tout ceci a été signalé aux forces de l’ordre. mais ce n’est pas pour autant qu’on a vu plus de patrouilles. On s’est même entendu dire que le quartier était calme et sans problème. Mais qu’ils viennent vivre ici pour voir la réalité !  »

L’accès aux quais par les Bains Douches ne donnent pas envie de descendre se balader (AG).

Tous ont pris le parti de rester poli et courtois, de se fondre dans la rue pour ne pas prendre de risque. Et même si le ressenti de ce sentiment d’insécurité est variable selon les habitants,, l’inquiétude est partagée. Notamment concernant un jeune mineur déscolarisé qui sème la terreur depuis son installation en multipliant les vitres cassées, les réveils nocturnes avec insultes, les caillassages. Ou à propos des Bains Douches qui sont aujourd’hui accessibles à tous malgré le danger qu’ils représentent en matière de chutes par exemple. Aujourd’hui propriété privée, le lieu est devenu un repère mal famé où l’on fait des feux et où on enflamme des pétards; certains riverains témoignent de jets de projectiles sur leurs volets et baies vitrées.

Aujourd’hui privés, les Bains Douches ne sont pas sécurisés malgré le danger (AG).

« On veut parler de cette problématique parce que je pense que tout le monde, et notamment la mairie, ignore ce qu’il se passe réellement ici. On veut que ce sentiment de non-droit, d’abandon soit mis en lumière. Et c’est aussi dans ce but qu’un courrier va être rapidement envoyé au maire pour qu’il en prenne enfin la mesure, nous écoute et agisse.  »


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