Certains la confondent encore avec la secrétaire, d’autres lui disent qu’elle aurait plus sa place dans un salon de coiffure ou un magasin de vêtements et pourtant, Mélanie Degner-Gilabert codirige le garage Munch Auto à Fauillet.
Le sourire est ravageur, la bonne humeur contagieuse, le management bienveillant et les clients sont accueillis par leur nom. Entrer chez Munch Auto, souvent pour une galère automobile, c’est pourtant entrer dans une bulle de joie et de sérénité. « Et c’est sûrement à cause de moi » reconnaît volontiers la co-dirigeante en charge de la carrosserie Mélanie Degner. « Je sais que j’irradie ça. Je ne sais pas faire et accueillir les gens autrement. » Ce naturel joyeusement désarmant qui adoucit les plus récalcitrants ou recadrent ceux qui demandent où se cache le patron cache une jeune femme qui tire sa force de sa résilience et de son adaptabilité.
« J’ai commencé par faire des études de ventes avant d’avoir ma première fille assez jeune. J’ai ensuite été assistante maternelle à domicile pendant dix ans; en parallèle mon mari mécanicien entretenait le rêve d’avoir son propre garage. Et puis sur le ton de la boutade l’ancien propriétaire Serge Munch est venu nous proposer de prendre sa suite…. et j’ai dit banco; ça a été réglé en quelques mois fin 2021. »

Au départ le jeune couple est drivé par les anciens propriétaires le temps de prendre ses marques. « On s’est attribué rapidement les tâches. Lionel gère la partie mécanique et maintenant rectification, j’ai pris en charge la carrosserie et la comptabilité. » Seul hic le jeune femme ne connaît rigoureusement rien ni à l’un ni à l’autre. Qu’à cela ne tienne » je suis curieuse, j’adore me former et j’ai donc appris sur le tas. Et aujourd’hui pour rien au monde je ne changerai de vie. » Lorsqu’elle se lance dans ce défi en couple Mélanie ne sait même pas si ce nouveau métier va lui plaire, c’est un saut dans le vide complet. « Et pourtant je suis très épanouie dans ma reconversion. J’aime quand il y a de la difficulté et du challenge; j’aime le contact et la satisfaction client mais aussi la liberté d’être sa propre patronne même si ça va de pair avec une grosse responsabilité. La seule chose que j’aime moins c’est les charges, comme tous les patrons. «
Désormais à la tête d’une équipe de quatre personnes sur huit au total, le rire et le collectif sont la base de son travail quotidien. « On fête les anniversaires, les moments importants, on communique sur les réseaux sociaux. Quant aux conseils, je pars du principe que je suis loin de tout savoir du métier. Donc je n’hésite jamais à poser toutes les questions possibles. «

Et quand on évoque son rapport au machisme dans le milieu automobile, elle le confirme et le tempère. « Bien sûr, et notamment de la part de clients de l’ancienne génération, il y a toujours cette forme de condescendance, ces remarques plus ou moins subtiles. Mais avec le sourire et du professionnalisme ça passe vite. »
Cette droguée du travail autant que de la bonne bouffe l’avoue elle-même: « ce boulot est ma thérapie, il a été ma bouée lors du drame personnel qui m’a frappée en janvier dernier. Devoir reprendre rapidement, assurer le quotidien m’a sauvée c’est une certitude » reconnaît-elle dans un sourire ombré par un bref voile de tristesse. Un moment de flottement vite chassé par sa détermination à prouver que les femmes même les plus jeunes ne doivent pas se poser de barrières professionnelles.
« Il faut foncer car rien n’est impossible du moment qu’on aime ce qu’on fait. S’il y a des opportunités il faut les saisir. Tout s’apprend, il faut juste faire confiance à la vie et surtout se faire confiance. » Adhérente du réseau « Les Réparatrices » qui regroupe des femmes dirigeantes dans le milieu automobile, elle martèle: « l’habit ne fait pas le moine et je suis un vrai garçon manqué. Nous avons autant de compétences de gestion que les hommes; on apprend juste à manager parfois différemment d’eux. Et même s’il faut encore parfois se justifier, il faut éviter d’y attacher trop d’importance et avancer, ça vaut le coup. »

Et Mélanie Degner de conclure: « ce garage est mon dernier bébé. Et c’est aujourd’hui la meilleure vie que je puisse vivre au sein d’un village où je me sens si bien. »


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