Eternel sujet (ou poison) de la politique locale mais aussi potentiel atout de revitalisation de la ville, la Manufacture de centre-ville revient, encore, sur le devant de la scène.

Pour les anciens Tonneinquais, ce nom évoque le temps du travail à foison, de la camaraderie et de la transmission d’un savoir ancré dans l’ADN de notre territoire: la culture et la transformation du tabac. Pour les plus jeunes, la Manu c’est surtout une immense coquille vide, de hauts murs dont tombent des bris de verre et dont l’histoire n’évoque rigoureusement rien. Pour les maires et élus tonneinquais depuis un quart de siècle (date de sa fermeture), elle est surtout un boulet, une patate chaude, un paquebot de 50 000 m² dont le gigantisme soit effraie les investisseurs soit attire les projets les plus mirobolants. Après 25 ans de discours, d’annonces, d’études une chose est certaine: la Manu reste un objet politique non identifié et un défi urbanistique complexe.

Muséifier, détruire, transformer: aucune option ne fait consensus et bien sûr chaque citoyen est persuadé de détenir la solution miracle.

Tiraillé entre une mémoire à préserver à sa juste proportion, des rêves de grandeurs ou de symbole électoral et de coupes budgétaires nationales qui impacteront inévitablement communes et agglomérations, les parties prenantes se retrouvent toujours face au même dilemme. Doit on conserver tout ou partie du bâtiment pour limiter la consommation foncière comme le préconise la loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette) et préparer un avenir économique qui reste aujourd’hui en pointillé ? Doit-on tout raser ou détruire de manière rationnelle pour en faire un exceptionnel poumon vert de centre-ville et répondre ainsi aux injonctions nationales de végétalisation urbaine? Un chemin de traverse est-il encore possible ? Sa destinée, compte tenu de sa taille, relève-t-elle seulement du bon vouloir d’une ville et non pas du territoire auquel elle appartient ? Pour l’heure l’EPF (Etablissement Public Foncier) l’a acquis pour le compte de la municipalité dont le premier magistrat ne cesse de dire que c’est lui qui donne la direction à suivre.

La culture et la transformation du tabac ont fait vivre tout un territoire pendant plusieurs siècles (AG).

Les réponses à ces questions passeront forcément par une parfaite connaissance et adéquation aux besoins d’un bassin de vie paupérisé mais riche de milles talents. Besoins qui pour l’heure n’ont fait l’objet d’aucune étude globale d’ampleur territoriale; le maire reconnaissant d’ailleurs lors d’une réunion publique sur le sujet le 3 décembre « bientôt prévoir une étude sur les besoins des Tonneinquais. » Un préalable qu’on aurait pu imaginer déjà réalisé même s’il est à souligner l’existence d’un conseil de suivi citoyen d’une dizaine de personnes.

La ville a investit dans des panneaux explicatifs pour perpétuer l’histoire de cette industrie tonneinquaise (AG)

Lors de cette nouvelle réunion suivie par environ 70 personnes (sur presque 10 000 Tonneinquais), la majorité a opportunément sorti de son chapeau un investisseur mystère, ancien footballeur, prêt à racheter la partie récente (qui n’était pas du tout prévu dans cette phase de rénovation) pour huit millions d’euros. Au programme de cette annonce émergeant de nulle part (à quatre mois des élections municipales): salle de sport géante pour l’hyrox, pôle d’art martial, hôtel trois étoiles et restaurant gastronomique avec chefs. Pour précision, si les négociations techniques sont bien engagées le point financier n’a lui pas encore été abordé.

La partie nouvelle, non prévue dans la réhabilitation d’origine, pourrait avoir cet aspect (photo tirée de la présentation municipale du 3 décembre)

La partie la plus ancienne dite patrimoniale est, elle, destinée à accueillir le déménagement du Point Commun et de la médiathèque pour quatre millions d’euros. La phase de sécurisation du site étant achevée, des démolitions pourraient s’amorcer pour récréer la rue Sébastopol et séparer les bâtiments.

Voici à quoi pourrait ressembler la partie ancienne après les démolitions (photo tirée de la présentation municipale du 3 décembre)

Actuellement les deux projets attirent essentiellement méfiance et perplexité de la part de nombreux Tonneinquais et des forces vives locales trop échaudés par des annonces non suivies d’effets, inquiets d’une forme de concurrence déloyale et soulignant souvent que ça n’est pas de cela dont ils ont vraiment besoin.

Prônant lors du dernier conseil municipal du 9 décembre, un optimisme béat sur le sujet et reprochant aux oppositions leur négativité, le maire Dante Rinaudo fait peut-être seulement abstraction de deux choses essentielles dans ce dossier épineux: le réalisme et l’humilité.


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