Les ruines de cette petite église chargée d’histoire surplombant les coteaux de Garteloup ouvre notre série hebdomadaire estivale sur les pépites patrimoniales locales à découvrir hors des sentiers battus.
Toujours debout.
Malgré l’Histoire qui l’a malmené et les Hommes qui l’ont parfois oublié l’église de St Gayrand veille toujours sur le petit village de Grateloup, au dessus de Tonneins. Loin de tout et de tous, elle n’est probablement jamais le but premier d’une visite touristique et reste donc largement méconnue des locaux comme des touristes, et c’est tant mieux.

Et pourtant, cernée d’un clôt de pierres sèches, au milieu des herbes folles, au bout d’une route si sinueuse et raide qu’elle devait mettre au supplice les paroissiens, elle se révèle d’une touchante simplicité. Dans un calme absolu, elle domine la plaine de 165 mètres et offre un panorama époustouflant jusqu’au Pyrénées par temps clair. Un paysage doucement vallonné où alterne l’ardeur des champs de tournesols, les forêts et les prairies. En réalité, rien que le point de vue vaut le détour pour s’offrir une bulle de déconnexion.
Mais ce serait dommage de ne pas découvrir plus avant ce petit témoin de l’histoire religieuse locale. Car sous ses airs de ruine charmante mais stratégiquement placée, l’église de St Gayrand a pourtant été âprement disputée par les Français et les Anglais, les catholiques et les protestants.

D’aspect massif, elle dit beaucoup de choses d’elle au premier regard. Son clocher carré fortifié, son escalier à vis dans sa tourelle à petites meurtrières, ses murs épais signent son élévation première dans un Moyen-Age chahuté, au début de XIIIe siècle. Plusieurs pistes mais aucune certitude quant à ses bâtisseurs originels: relais d’Hospitaliers, Templiers, nécessité catholique de marquer le territoire à l’approche de la Guerre de Cent Ans ?
Elle sera d’ailleurs détruite une première fois à cette occasion puis annexée à la cour d’Angleterre en 1328.
Reconstruite entre le XIV et le XVe siècle, elle est de nouveau endommagée et pillée pendant les Guerres de Religion à la suite desquelles elle devient un centre actif du protestantisme local. La révocation de l’Edit de Nantes change la donne et la fait retomber dans le giron catholique qu’elle ne quittera plus. S’ensuit alors une période délabrement progressif jusqu’à être interdite d’accès en 1895. Deux campagnes de restaurations entre 1988 et 2012 permettent enfin de la fixer dans son état de conservation actuel.

Si le clocher carré, rare dans la région attire l’œil, ce qui frappe en arrivant ce sont des détails plus subtils: des sculptures naïves de végétaux, d’animaux, des symboles évangéliste et la coquille actant sa place sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Il y a aussi cette nef ouverte sur un ciel immense, la petite chapelle de la Vierge où reposent quelques offrandes ou les baies à meneaux au cœur sculpté.

Loin du bling bling, loin des sites sans âme l’église de St Gayrand dans sa majesté solitaire donne envie de faire une pause et de prendre le temps.
Ça tombe bien, c’est l’été !


Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.